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DESIGNER : Deborah Pélagie CHEKE « J’y suis allée, j’y ai cru et ça a pris forme »

Temps de lecture: 5 minutes

La discrétion et la timidité presque maladives de Déborah Pélagie Chéké cachent un talent fou qui réalise de merveilleuses créations pour les amoureux de belles tenues. Afrikfashion.ci lève le voile sur une créatrice qui étonne.

Pour qui connait le parcourt de Déborah Pélagie Chéké, son adhésion l’Association des créateurs de mode de Côte d’Ivoire (ACM-CI) le 7 mars dernier, n’était que pure justice. Mais, toujours humble et calme, la créatrice a considéré cet acte comme une reconnaissance de la part de ses pairs à son égard. « Je me suis sentie honorée et je me suis dit que les grands challenges commencent », dit-elle. Dans le milieu de la création vestimentaire, Pélagie Chéké est de la même promotion que feu Eloi Sessou, Roger Bango, Makodjiby… Seulement qu’elle a opté pour la discrétion, loin des médias. Elle a cependant développé dans son atelier une couture simple, méticuleuse et plaisante. Elle a, par la même occasion, conservé une clientèle fidèle qui soigne sa toilette dans ses créations. Ses tenues se distinguent par des lignes pures. « J’ai commencé avec les tenues d’évènementiel qu’on appelle haute couture et après, je suis entrée dans le sur mesure. Maintenant, je me lance dans le prêt-à-porter. Je veux avoir une ligne VIP et une autre pour le grand public. Au départ, j’étais très féminine et aujourd’hui je suis en train d’aller vers les hommes », dit-elle. La promotion de sa maque se fait par des canaux qu’elle maitrise et également par sa participation à des évènements comme le Yéhé, La Nuit du tapa, le Fimda, le gala ACM-CI, La Nuit du pagne…

Côté matières, la couturière se définit une passionnée et une aventurière qui bosse avec tout ce qui lui tombe dans la main. « Je donne forme à la matière que j’ai sous la main. Je n’en ai pas de prédilection. Je les aime toutes. C’est comme des défis que me donne chacune d’elles », soutient la créatrice. Dans l’année, elle découpe son travail suivant les évènements. Pour le prêt-à-porter, elle guette la pâque, la fête des mères ou des pères, Noël… et elle propose quelque chose qui va avec. A côté, il y a une petite équipe qui s’occupe du sur mesure. Elle s’inspire mieux, une fois la nuit tombée. « Je m’inspire beaucoup la nuit. Je ne dors pas assez la nuit. De minuit à 4h du matin, je suis inspirée pour le travail », révèle-t-elle. Avant d’ajouter : « Dans la création, je marche selon les tendances et les saisons ».

Tous les beaux articles que Déborah Pélagie Chéké propose sont réalisés et distribués sous le label ‘’Maison Emeraude’’. « C’est quelque chose d’arc-en-ciel, qui permet de voir la mode sous plusieurs lumières. On peut être inspiré à habiller les enfants, à faire du prêt-à-porter, à réaliser les tenues de mariage…», explique la styliste. Sa touche embellit alors toute la femme. De la petite fille à la robe de mariage en passant par les vêtements de soirée ou de sortie, Pélagie tire bien son épingle du jeu. Dans son rayon de prêt-à-porter, il y a de plus en plus une déclinaison masculine avec notamment des tuniques, des cubaines et tous genres de chemises. Depuis 20 ans, elle bosse avec la même hargne et la même détermination de bien faire et de satisfaire l’autre. «J’aime avoir un travail vivant et pouvoir habiller tout le monde. J’adore mettre les autres en valeur », soutient-elle. En projet, la créatrice voit son expansion dans une sorte d’union sacrée qui pilote tout. « Je veux avoir une grande maison qui regroupera la production, l’atelier de couture, la salle d’exposition et les bureaux. L’intérieur du pays commence à m’intéresser. Je trouve qu’ils sont laissés pour compte », regrette-t-elle.

L’atelier de production de la Maison Emeraude est à Abidjan Faya Cité ATCI à la rue du bonheur. Avant d’arriver au métier de son choix, rien n’a été facile pour la jeune dame. « Mes parents n’ont jamais adhéré pleinement à mon projet artistique car chez nous, tout le monde était premier de la classe », soupire Déborah Pélagie Chéké. Elle a grandi avec une fratrie de 10 gosses d’un père cadre à la Société africaine de plantations d’hévéas (SAPH) et une mère passionnée de borderie et de tricotage. Adolescente, Pélagie s’intéresse à son tour au cinéma. Mais elle fait face au diktat parental. Après la classe de terminale avec le bac en poche, les barrières familiales sont assouplies pour la jeune artiste de la famille. « Après la terminale, ils m’ont dit d’essayer un an et si ça ne va pas, je retourne au cursus normal. Depuis, je suis restée, passionnée de mon travail jusqu’aujourd’hui », dit-elle.

Mais, pour commencer, elle ne saute pas pieds joints dans le métier. Elle s’inscrit au Figaro Couture chez Miss Zahui en 1998. Après trois ans, elle sort avec un Certificat de qualification professionnel (CQP).  Elle est Major de sa promotion. Pélagie a conservé un lien affectif avec son école de formation à tel point que ses modèles dans le milieu de création, sont ses formateurs Mme Bernadette Dezounda (Professeur de couture, stylisme et modéliste), une Congolaise et Guslene Dikébié (Professeur de stylisme). « Ils ont été des catalyseurs pour moi », relève en passant, celle qui veut demeurer elle-même. Pendant les vacances, elle se lance dans le métier. Comme un coup de pouce, Pélagie habille la jeune animatrice Christelle Mélèdje de la RTI. « Tout le monde a aimé et on a commencé à m’appeler. Je travaillais à la maison familiale. Après, j’ai pris un appartement. J’ai eu un parcours atypique. J’y suis allée, j’y ai cru et ça a pris forme », conclut-elle avec le sourire en coin.

Par Waly Do

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